Les réseaux sociaux seront-ils nos flics de demain ?

Twitter, arme de conversation ou de dénonciation massive ?

Par Dominique Willieme

Parce qu’ils ont le sens de la formule, il ont appelé ça le TTZZZZzzzgate. Ca, c’est l’histoire de la collision entre les nouvelles technologies, les anciennes, l’information, le web et une dose suffisante de mauvaise foi (qui, comme le progrès, ne vaut que si elle est partagée par tous). Ou comment une photo amusante devient un objet de débat qui ne fait rien avancer.

Le 9 Janvier, Jason Wieler sort son téléphone dans une station de métro de Toronto pour photographier George Robitaille, guichetier du métro de son état et tranquillement en train de finir sa nuit à son poste de travail, bouche ouverte et mains croisées sur le torse.

12 Jours plus tard, Jason Wieler poste la photo sur son Twitter, immédiatement reprise en couverture du Toronto Sun. Comme il est désormais d’usage en pareilles circonstances, ledit cliché devient un meme, le monde se scinde entre ceux qui vont faire un coup de photoshop et ceux qui veulent avoir leur guichetier-qui-dort rien qu’a eux.

Du jour au lendemain, plus personne ne prend le métro sans son appareil photo, George Robitaille est désormais connu dans tout le pays comme le-gars-à-la-moustache-qui-dort-la-bouche-ouverte, les photoshops pleuvent, les commentaires amusés des journalistes presse, radio et TV aussi. Rien de surprenant.

Le Philosophe Loic Le Meur disait « Les médias traditionnels envoient des messages, les blogs démarrent des conversations. » Comptons les points.

Coté usagers, entre photoshops approximatifs ou d’un gout douteux et vidéos sur base de Ken Burns qui font saigner les yeux, autant pour la conversation. Coté médias, à part un appel à prendre encore plus de photos (et si possible des vidéos, c’est plus télégénique), pas grand chose non plus (Oh mon dieu, attention, celui là est un dangereux terroriste, il écoute de la musique classique !!!!).

C’est du coté des travailleurs du métro que la contre-attaque numérique a été la plus … hmmm, comment dire, étrange … avec la création d’un groupe Facebook « Toronto Transit Operators against public harassment« , invitant les internautes à « donner des suggestions sur la meilleure façon de se battre contre le harcèlement photo et vidéo des passagers. Et de poster les photos d’usagers qui contreviennent aux règles« . Pour attirer la sympathie du public, quoi de tel que de se les mettre à dos, hein. Coté conversation, coté RATP locale, rien non plus, donc.

Finalement, George Robitaille s’est excusé et a repris une activité normale (accompagné de cette magnifique couverture du Toronto Sun : « Bien reposé, le dormeur du TTC est de retour au travail« , sourire moustachu en prime).

Après 15 jours de twitter, photoshop, presse, télé, rien n’a changé. Sauf un sentiment un peu bizarre parfaitement résumé ici : « Au risque de passer pour un réac de la génération X, depuis quand est-ce qu’on ne peut plus être fier de ne pas faire son travail ? Les jeunes d’aujourd’hui, avec leur optimisme et leur ambition me rendent malade » [insérez le philosophe sus-mentionné ici]. « (…) Il y a 15 ans, le pauvre George Robitaille  aurait pu être considéré comme un héros. Être un glandeur était considéré comme quelque chose de noble« .

Ca, et un arrière goût un peu terreux de délation, peut être, aussi.

  • Par beniche le : 10.02.2010 repondre au commentaire

    J’ai pas tout saisi, mais je me demande toujours ou vous allez chercher ce genre d’infos…

    Par Tsharlee le : 11.02.2010

    +1

  • Par Louis le : 10.02.2010 repondre au commentaire

    amusant le temps sur internet… Il me semble que l’an dernier déjà, ce thème avait été abordé quand ce type s’était fait abattre dans le métro par un agent de sécurité devant des centaines de témoins qui filmaient la scène.
    Certes me direz-vous, le sujet n’est pas le même, entre une mise à mort et une sieste, mais la polémique autour est la même : qu’apportent les nouvelles technologies à notre société? Qui contrôle quoi?
    C’est le choc entre une société de partage total qui rencontre une société ultra-conservatrice. Entre le photographe amusé par la scène et l’usager outré du gaspillage de ses deniers.

    J’aime beaucoup ta conclusion à cet article :
    Après 15 jours (…) rien n’a changé.
    C’est un signe que toutes ces technologies… ne changent strictement rien! L’information ne pénètre pas plus parce qu’elle est plus divulguée, la délation est toujours réprouvée, et Le Meur est toujours un Philosophe.

    Par Kamoulox le : 10.02.2010

    C’est beau ce que tu dis Louis. Et je plussin tiens.

    Les « nouvelles technologies » ne changent effectivement rien à la nature humaine profonde, elles l’exacerbent à peine et montrent à chacun que nous sommes tous pareils. Et en grande partie partisans du moindre effort (ce qui est la base de l’humanité soit dit en passant : en faire le plus avec notre cerveau pour en faire le moins avec nos muscles – pensez à l’inventeur de la roue ou des outils en général !).

    D’ailleurs si toi aussi tu veux être partisan du premier parti politique mondial… bah ne fais rien comme d’habitude et… comme TTC.

    Par Poney le : 17.02.2010

    Avant l’exisence de la presse, les gens se massaient autour des évenements (décès, incendie, etc..) et n’hésitaient pas à se déplacer. Là, on en revient un peu à ça en supprimant l’intermédiaire du journaliste. Que les blagues voyagent, c’est bon signe !

  • Par Red Utnam le : 11.02.2010 repondre au commentaire

    En tout cas il a l’air bien heureux, cet homme, incliné à 135 degrés, mains croisées sur la bidoche. Un modèle social, peut-être pas, une inspiration pour moi, certainement !

  • Par Mash le : 11.02.2010 repondre au commentaire

    Merci d’avoir fait partagé l’article de Ryan Bigge et cette conclusion juste parfaite.

  • Par petit louis le : 11.02.2010 repondre au commentaire

    Article très sympa. Quant a l’employé du métro je le comprend , dès fois la time line est limite soporifique …

  • Par toitoine le : 11.02.2010 repondre au commentaire

    C’est un peu un autre sujet, mais un jour faudra quand même se poser la question du droit à l’image, surtout en France ou c’est quand même pas mal réglementé.
    Se faire prendre en photos à son insu et être publié sans accord, c’est un coup à faire augmenter les statistiques du nombre plaintes déposé.

    Sinon j’ai bien aimé le photoshop au goût douteux. Plutôt réussi.

    Par casablancas le : 16.02.2010

    +1 pour celui au gout douteux

  • Par jeje le : 12.02.2010 repondre au commentaire

    A bien y regarder, ce n’est pas le « meme » sur Internet qui a viré à la délation, mais plutot la reprise du « meme » par les medias traditionnels.
    La déferlante Internet ressemble plus à du potache, pas de quoi s’offusquer.

  • Par Rouge Le Renard le : 24.03.2010 repondre au commentaire

    Ouep !

    de toutes façons, quelle que soit l’époque, même très ancienne, le pouvoir a toujours trouvé le moyen de tout savoir sur sa baraque.

    Au pire, y reste une solution, fermer sa gueule !…

    Sinon, bah, on assume.

Go

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