Surtout ne pas s'énerver, surtout ne pas s'énerver, surtout ne pas s'énerver...

Guillon vs Hees : l’opération anti-troll était presque parfaite

Par David Carzon

Bonjour à tous,

Bienvenue dans le nouvel amphithéâtre « Vincent Glad » pour votre premier cours « troll et contre-troll ». L’objet de nos travaux  : vous apprendre à lutter contre la calomnie et les coups bas qui peuvent naître sur l’internet ou ailleurs, le troll étant désormais une technique de nuisance très courante. Et surtout savoir y répondre. Je vous propose de commencer par un grand classique des années 2010, à savoir l’affrontement Guillon-Hees qui regroupe tout ce qu’il faut faire et ne pas faire dans ce genre de situations.

Je vous rappelle le contexte : nous sommes en 2010, un humoriste, Stéphane Guillon, tient à l’époque une chronique sur une radio publique, Radio France, dirigée par Jean-Luc Hees et il ne gêne pas pour critiquer très ouvertement son patron, l’accusant principalement d’avoir été nommé directement par le président d’alors, Nicolas Sarkozy. Pour ceux qui ne se souviennent pas, Nicolas Sarkozy a été élu président de 2007 à 2012, je vous invite à consulter sa fiche Wikipédia ou à taper son nom dans Google si sa fiche a été retirée, il doit bien rester quelques traces de lui.

Le 11 janvier, Stéphane Guillon fait sa chronique matinale dans laquelle il revient sur deux points précis : Jean-Luc Hees vient d’être élevé au grade d’officier de la Légion d’honneur justement par le président Nicolas Sarkozy ; et Philippe Val, directeur d’antenne, a déclaré que France Inter, radio publique je le rappelle, « était une radio qui coûte cher à l’actionnaire, qui n’est pourtant pas très bien traité par la station.» Bref, une trop grande proximité des deux hommes avec le pouvoir qui provoque un déchaînement de sarcasmes de la part du chroniqueur.

C’est là que cet exemple devient intéressant dans la manière de lutter contre ce genre d’attaques publiques dont vous pouvez être victimes, de manière anonyme ou pas. Comment rétablir l’équilibre en votre faveur alors que vous êtes promis à la moquerie générale. En tant que patron, Jean-Lus Hees n’a que peu de marge de manœuvres pour rétablir son honneur. En fait, il y a trois possibilités.

1/Il peut virer son chroniqueur, mais il renforce ainsi son image de main armée du pouvoir.

2/ Il peut ne rien dire, mais il passe pour un lâche.

3/ Il trouve la bonne formule pour renverser la situation et faire peser le soupçon sur l’agresseur.

Et contre toute attente, c’est ce qu’il va parvenir à faire, dans une réponse devenue un classique du contre-trollage étudié aujourd’hui dans toutes les universités. Hees va répliquer, mine de rien, sur un point faible de l’humoriste : son intégrité supposée face au pouvoir oppresseur. Donnant l’impression de répondre à chaud, comme si c’était donc sa réaction première, instinctive, non réfléchie, le patron de Radio-France va choisir de s’exprimer sur un blog. Pas n’importe lequel : il dégaine sur un blog d’un journaliste média appelé Berretta. Ça, c’est pour le symbole.

Sur le contenu, il se veut paternaliste et moqueur dans un premier temps. Je cite : « L’humour, c’est l’humour ! Il y a peut-être des limites, mais en l’occurrence, elles ne sont pas franchies (…) Je vais dire à Stéphane Guillon de se renouveler un peu. Même s’il rentre de vacances, il aurait pu trouver autre chose… » Avant de glisser, mine de rien, sous couvert de blague, une remarque pernicieuse qui va faire boule de neige : « J’aimerais aussi rappeler à Guillon que je ne l’entends pas souvent dire du mal des patrons de Canal + (chroniqueur dans Salut les Terriens), ses autres employeurs. Et pour cause : s’il se le permettait, eux ne réagiraient pas comme nous. Et il perdrait ses 40.000 euros par mois ! »

Voilà le génie de l’attaque. Aux yeux du public, Stéphane Guillon doit passer un faible parmi les faibles pour s’attaquer au fort. En balançant son salaire, plutôt élevé, et surtout en expliquant qu’il ne critique pas son autre employeur parce qu’il perdrait ce fric, c’est insinuer le doute sur la probité du chroniqueur. Balancer qu’il fait ça pour l’argent le fait sortir du camp des faibles pour le ramener dans celui des nantis. Qui n’a rien à craindre donc pour lui-même malgré les risques apparents qu’il semble prendre. Et qui n’est pas là pour défendre le peuple contre les autres.

Et ça marche très bien. Très vite, on ne parle plus que de ça.

Et du coup, on parle beaucoup moins de la charge initiale de Guillon contre son patron. Patron qui passe ainsi pour un type qui a de l’humour et de la répartie. Bref, c’est lui le comique et pas l’autre.

Voilà donc la technique parfaite. Mais elle a ses limites. Et la première d’entre elles : il faut être capable de tenir cette ligne de conduite jusqu’au bout. Cette histoire a donc ceci aussi d’emblématique qu’elle montre autant ce qu’il faut faire que ce qu’il ne faut pas faire. Car quelques jours plus tard, alors qu’il avait pris l’avantage, tout s’est inversé. D’abord parce que son bras droit, Philippe Val est resté sur une ligne plus dure et moins subtile. Et ensuite parce qu’il s’est exprimé sur un autre blog peu après avec un ton tout autre. Je cite Hees encore : « Je considère que mon honneur a été atteint et que l’on ne joue pas avec cela. Ce n’est pas le PDG de Radio-France qui parle, mais l’homme. Je ne serai donc pas hostile à des excuses publiques, mais de là ce qu‘il fasse le pas…Tout cela n’a en vérité que peu d’importances, comparé au séisme d’Haïti. Que pèse en effet Stéphane Guillon sur notre échelle de Richter? 0,2%! » Une sortie qui le ramène aussitôt dans le cas des méchants et qui replace Guillon dans celui des gentils.

C’est la fin de ce premier cours. Pour le prochain, je veux que vous me fassiez une petite Googlenquête de ce qui reste aujourd’hui de cet épisode et que vous imaginiez la stratégie de contre-trollage que le président de la République Mickaël Vendetta devrait mettre en place depuis que des photos d’opérations de chirurgies esthétiques qu’ils auraient subies ont été publiées sur le net, mettant à mal la légende de sa bogossité naturelle. Doit-il répondre ? Doit-il ignorer ? Comment peut-il se défendre ? J’attends vos réponses par mail.

Merci à tous. Je crois que vous avez désormais rendez-vous à la salle de montage qui se trouve dans le bâtiment Henry Michel pour faire votre premier TP sur les techniques de lipdub.

  • Par rom le : 04.02.2010 repondre au commentaire

    « Nicolas Sarkozy a été élu président de 2007 à 2012″ : en faisant une recherche sur archive.org, on apprend qu’il l’a été jusqu’en 2014 et que suite à son décès, c’est le président du Sénat d’alors, Jean-François Copé qui a assuré l’intérim avant d’être élu triomphalement à cette même fonction en 2017.

    Par toitoine le : 04.02.2010

    Et après on se demande pourquoi les français sont pessimistes…
    Merci, j’vais pas en dormir de la nuit.

  • Par Henry Michel le : 04.02.2010 repondre au commentaire

    Je peux pas venir ce jour-là en 2012, j’ai cours de gym aquatique troisième âge à la piscine municipale David Carzon de Crot-de-Savigny.

  • Par Sylvain le : 04.02.2010 repondre au commentaire

    Korben est meilleur en Anticipation.

    Nan je déconne, j’ai bien lolé.

  • Par AAulagnier le : 04.02.2010 repondre au commentaire

    Trés bien analysé une fois de plus Mister Michel. Je trouve que ca lui fait du bien à l’arroseur Guillon de se faire arroser! Surtout qu’on avait déja eu l’occasion de constater sa susceptibilité^^:
    http://www.youtube.com/watch?v=NoiT7oJK0xM

    Par Vincent G. le : 04.02.2010

    Oui, superbe article d’Henry Michel !

    Par Nora le : 04.02.2010

    (sauf que c’est mister carzon)

    Par AAulagnier le : 06.02.2010

    oups, la gaffe^^
    Dsl Mister Carzon, l’article n’en est pas moins excellent!

  • Par Khinder le : 04.02.2010 repondre au commentaire

    Concernant notre humble impérateur Mickael Vendetta, point de cours sur ce sujet, il vient de faire un commentaire sur le blog de Biogoss ( Ca, c’est pour le symbole ), je cite :
    « Ca va Buzzer ! D’ici aux prochaines elections je balance ma sextape avec Patricia Kaas. »

  • Par Louis le : 05.02.2010 repondre au commentaire

    N’empêche que troll, pas troll, gentil, méchant, l’autre empaffé il a quand même dit « actionnaire ». Et ça, c’est vraiment l’exemple de « plus c’est gros, plus ça passe. »

  • […] vous invite à lire le billet de Mr Carzon (sur BBB) au sujet du salaire de Guillon et le clash qui a eu lieu entre ce dernier et son patron Jean-Luc […]

  • Par sneakers le : 05.02.2010 repondre au commentaire

    Je partage ton amertume…

  • Par matiu le : 08.02.2010 repondre au commentaire

    De la position du comique dit « irrévérencieux » face aux puissants : vaste débat, et Guillon n’est pas le plus courageux qui soit, je me le tiens pour dit depuis bien longtemps déjà, précisément depuis un portrait à « 20h10 pétante » sur canal+, où il s’était lamentablement couché devant cet abruti de Claude Alègre. J’en oublie certainement d’autres, mais celle là m’avais particulièrement déçu.
    Néanmoins, son commentaire sur Hess est lui tout à fait justifié. Et heureusement que Hess a eu la bonne idée de recruter l’autre pourri de Philippe Val, avec des adverssaires aussi bourrin c’est tout de suite plus facile…

  • Par Casablancas le : 08.02.2010 repondre au commentaire

    Mais pourquoi, pourquoi je n’arrive pas a regarder plus de 10secs de vendetta ??

Go

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