Vous pouvez perquisitionner chez moi, j'ai plus de CD, ni de DVD

Hadopi, le « cloud » du spectacle

Par David Carzon

3649492427_39591bc930_oAvec Hadopi 1, les autorités se donnaient le droit de pouvoir avertir un internaute que sa connexion internet avait été utilisée pour télécharger une œuvre culturelle de manière illégale. Avec Hadopi 2, validée par le Conseil constitutionnel jeudi, elles pourront couper l’accès au web du fautif en cas de récidive, grâce à la création d’une peine de suspension de l’internet assortie de dommages et intérêts.

Tout est prêt pour lancer la machine répressive, les premiers mails vont pouvoir partir. Et après ? Ben après pas grand-chose.  La preuve par trois.

1/ Le P2P ne fait plus autant recette

Toute la loi Hadopi a été pensée et construite autour des échanges considérés comme illégaux sur les réseaux P2P. Or, comme il fallait s’y attendre, le streaming est en train de supplanter le P2P. Selon une étude mise en avant par 20minutes.fr la semaine dernière, la proportion de téléchargement via le P2P est passée en deux ans, de 40% à 18% du trafic. Les internautes consomment différemment, préférant les échanges directs via RapidShare par exemple, et surtout optant pour l’usage du streaming. Et le streaming, la loi ne s’en préoccupe pas du tout. Or, cet usage est en train de passer dans les mœurs. Le gouvernement qui voulait mettre en place un rouleau compresseur visant tous les fraudeurs, devra aller fermer les sites illégaux de streaming un par un. Bon courage.

2/ Sanctionner les internautes n’est pas le nerf de la guerre

L’industrie du disque n’ayant jamais trouvé la bonne manière de lutter contre les nouveaux comportements liés à internet et sachant qu’elle fait face à une génération élevée au biberon de la gratuité, cela fait un moment qu’elle lorgne du côté du porte monnaie des acteurs du web, fournisseurs d’accès en tête qui, il est vrai, ont largement fait leur com’ à un moment sur une promesse : celle de pouvoir télécharger à vitesse grand V musique et films. La main sur le cœur, producteurs et ayant-droits avaient promis de laisser à Hadopi de faire ses effets avant de franchir une nouvelle étape. Ils n’ont finalement pas attendu. Hadopi n’était pas entérinée que le patron de la Sacem a fait part, début octobre, de son souhait de voir les FAI taxés pour financer la filière musicale en France. Une position soutenue par les producteurs indépendants peu après qui ont demandé la création d’une taxe fiscale prélevée sur le chiffre d’affaires des FAI afin d’alimenter un compte de soutien à la production musicale. La Société des auteurs et compositeurs dramatiques a préconisé elle, de ne pas ponctionner les FAI, mais les moteurs de recherches. Là, face à Google, bon courage.

3/ La faute au « cloud computing »

Mais surtout si le P2P recule, si le streaming se développe, ce n’est pas seulement parce que cela permet d’échapper plus facilement à la répression. C’est une question d’usage global vers le « cloud computing ». Cette pratique consiste à ne plus enregistrer mails, textes, contacts, photos… sur son disque dur mais dans les serveurs mis à dispositions à l’extérieur, -notamment Google via Gmail, Google Docs, ou Flickr – d’où le terme de nuages, comme si tout se trouvait dans le ciel. Cela avait été très bien expliqué dans un article de Slate.fr. Mais on se rend compte aujourd’hui que ce « cloud computing » va bien au-delà puisqu’il remet en cause le principe même du syndrome de possession en ce qui concerne les biens culturels. Ce qui est en train de passer, c’est qu’il n’y a plus besoin de posséder un disque (CD ou mp3), on peut avoir accès à (presque) tout sur Spotify ou Deezer en temps réel ; il n’y a plus besoin d’avoir un DVD, on peut louer en ligne ou regarder en streaming plus ou moins illégalement, même pour le cul il y a Youporn… Tout est autour de nous, à portée de mains. Gratuitement pour certains de ces services. L’industrie culturelle qui veut nous ramener coûte que coûte à l’acte d’achat à l’unité ou en gros a déjà perdu cette bataille. Elle devra monétiser des nuages. Bon courage.

(Image Copyright IBM)

  • Par Franck C. le : 23.10.2009 repondre au commentaire

    Je cite « Le gouvernement qui voulait mettre en place un rouleau compresseur visant tous les fraudeurs, devra aller fermer les sites illégaux de streaming un par un. Bon courage. »

    Qu’est-ce qui est le plus dur : fermer tous les sites de streaming un par un bon courage, ou de contacter les utilisateurs de P2P un par un (bon courage…) ?

    Par Franck C. le : 23.10.2009

    Mais sinon vive le streaming soit dit en passant…

    Par jean pierre le : 28.10.2009

    Bon courage pour fermer un site de streaming russe…

    Par Franck C. le : 18.11.2009

    Donc, dans tous les cas : bon courage ?!

  • Par groschkau le : 23.10.2009 repondre au commentaire

    Sauvons nous dans les nuages !

  • Par Sylvain le : 23.10.2009 repondre au commentaire

    C’est exactement ce que je pensais dans ma tête.

    Par Jean Dark Ossi le : 01.11.2009

    #
    Par Sylvain le : 23.10.2009 repondre au commentaire

    C’est exactement ce que je pensais dans ma tête.

    AH tu PENSES dans TA TETE TOI ?? Ben Penses Dans les nuages Alors ^^

  • […] This post was mentioned on Twitter by narvic, Gertrude. Gertrude said: Big up à BBB http://bit.ly/mTm2a […]

  • Par neiluJ le : 23.10.2009 repondre au commentaire

    C’est quand même dingue toutes ces lois et cet argent dépensé… C’est vrai quoi… Si l’industrie du disque ne marche pas c’est avant tout parce qu’on nous vend de la merde !

    Si une entreprise vend (pas) un produit minable, en trois ans elle dépose le bilan… alors pourquoi pas eux ? :(

    Par Yinkist le : 23.10.2009

    Très belle image de David que celle de la « génération élevée au biberon de la gratuité ». C’est exactement ça.

    « Si l’industrie du disque ne marche pas c’est avant tout parce qu’on nous vend de la merde ! » = ce n’est pas parce qu’on vend du Céline Dion dans les rayons de ton supermarché que tu n’es obligé de télécharger gratuitement & illégalement l’EP de ton groupe punk-core undergroud préféré :)

    Si l’industrie du disque/film est en déclin, c’est de notre faute à nous , pas de celles des artistes. C’est quand même la moindre des choses de l’assumer.

    Par Franck C. le : 23.10.2009

    Et pourquoi c’était pas comme ça à l’époque des bonnes vieilles K7 ?

    Le nombre de CD (voire vinyls) que j’ai « piraté » de cette manière… enfin, qu’on a piraté ! Et idem pour les films et séries bien sûr…

    Est-ce que les artistes les plus téléchargés sont ceux qui gagnent le moins ?

    Est-ce que les gens qui téléchargent le plus (je parle pas du mec qui télécharge tout et n’importe quoi dès qu’il entend un truc à la radio ou voit une nouvelle série – et je ne dis pas qu’il y a de mal à ça, attention !) sont ceux qui achètent le moins ?

    Par Arnaud le : 23.10.2009

    De toute façon, la CAUSE de toute industrie déclinante vient des clients qui n’achètent plus.

    Mais la RESPONSABILITE est certainement à chercher ailleurs non ?

    Pourquoi n’y a-t-il plus de forgerons ? aurait-on du légiférer à l’époque pour sauvegarder ce métier ?

    Par Fabien le : 26.10.2009

    « Si l’industrie du disque ne marche pas c’est avant tout parce qu’on nous vend de la merde ! »
    Ben, si c’est de la merde, pourquoi la télécharger ? De la merde gratuite reste de la merde, non ?

  • Par davee le : 23.10.2009 repondre au commentaire

    pour la musique quand il fallait un support il n’y avait pas le choix, l’industrie du « disque » se frottait les mains sur le dos des artistes … un peu quand même. Même si le support est plus « virtuel », Un server c’est un structure quelques part dans le monde avec des cables un réseaux qu’on paye aussi, ce qui est normal (il y a des gens qui bosse pour le faire fonctionner)
    le gros avantage c’est qu’on touche plein de monde d’un coup, donc les artistes qui n’ont pas de pognons mais du talents peuvent sortir du lots, mais pas forcément la tête de l’eau. Comprend qui veux.
    pour en finir, c’est agréable que là, c’est pas les péchés comme l’envie et l’avarice gouvernemental et industriel qui gagne. ça soulage, ça vient comme une justice.

    Par saiko_sama le : 23.10.2009

    Ils me font rire tous, à croire que pour eux il n’y a que l’industrie du disque et du cinéma qu’il faut protéger. Les créations graphiques, les images, le jeux, les logiciels, on en entend presque jamais parler sur leurs débats à l’hadopi. Qu’on (entendez par « on » le pronom indéfini et non l’usage au pluriel) télécharge illégalement 3 mp3 ils aiment pas, par contre contre que l’on « hack » ou « crack » des jeux, des logiciels etc ça n’a pas l’air de les gêner. Pourquoi ? parce que adobe, ubisoft ou microsoft ne sont pas allés pleurer auprès du gouvernement mais que la Sacem si. Preuve qu’il s’agit bien d’une loi faite sous la pression d’un lobby gouvernemental qui a perdu depuis bien longtemps la bataille en ne voulant pas s’adapter mais qui refuse toujours et encore de l’admettre et préfère essayer de faire peur à l’internaute par la repression plutôt que de faire un effort pour faire évoluer ses stratégies commerciales. Dommage.

    Par JoshP le : 23.10.2009

    Tout à fait d’accord avec Saiko Sama.
    D’ailleurs, si l’industrie du jeu vidéo et du logiciel ne va pas pleurer au gouvernement, c’est qu’elle se porte bien, alors qu’elle aussi intensément piratée et concurrencée par l’offre gratuite que la musique. Elle a su redéployer son offre vers des marchés de niche, diversifier ses produits, préserver l’attractivité de l’offre payante.

    Surtout, elle a su préserver son image, notamment en ne se lançant pas dans le périlleux exercice de trainer en justice et de taper systématiquement sur ses propres consommateurs. Exercice auquel s’est adonnée à coeur joie l’industrie musicale, jusqu’à dégouter tout le monde.

    Bref, comme le fait remarquer Saiko Sama, aujourd’hui, quand une industrie est aussi peu capable que l’industrie musicale d’anticiper l’évolution des modes de consommation, les attentes de ses clients, et de s’y adapter en proposant de nouveaux produits (fonctionnement ultra classique du marché), elle dépose le bilan et disparait. Des innovateurs viendront derrière elle, qui eux sauront tirer meilleur parti de la marche du temps.

    Rajoutons à cela que le rôle historique des maisons de disque – celui de dénicheurs de talents – perd énormément de sa pertinence à l’heure du web 2.0 et des stars made in myspace.

    La conclusion est sans appel : l’industrie du disque est une relique du passé. Qu’elle crève.

    Par davee le : 25.10.2009

    Tou à fait d’accord il n’y a aps que l’industrie du disque ou du cinéma. Les jeux logiciel,… sont au même plan mais comme vous l’avez dis ils ont su s’adapté, et ça fait un moment que je me demande pourquoi les inustries disque et cinéma n’ont pas fait pareille. Peut-être que ce sont de vieux médias dirigé ou contrôlé par des anciens qui n’y connaissent rien et qui n’ont rien fait pour comprendre. à leur place j’aurais honte d’être aussi peu ouvert.

  • Par Miles le : 23.10.2009 repondre au commentaire

    C’est bien trop simpliste comme explication :

    – le streaming se développe par la peur du p2p que l’on a créé chez certains : madame michu ne suit pas l’actu et a entendu dire sur tf1 que la loi était passée il y a déjà longtemps. Le streaming musical à la sauce deezer ou spotify est un complément de notre discothèque personnelle, mais ne la remplace pas, surtout lorsque leurs modèles économiques se seront plantés et qu’il ne seront plus là… Un conseil, si vous aimez un morceau et que vous l’écoutez en streaming, enregistrez le (avec audacity ou autre logiciel) si vous voulez être sur de pouvoir l’écouter quand vous voulez.

    – le direct download est le dernier recours : solution pénible, surtout dans sa version gratuite qui vous oblige a prendre un film en 10 fichiers différents (si vous n’êtes pas passés à la hd) avec un temps d’attente de plus en plus long à chaque fois (du moins pour ceux qui ont une ip fixe).

    – le cloud c’est bien gentil pour les mails ou la bureautique (que l’on peut imprimer, qui ne prennent pas beaucoup de place et se transfèrent aussi vite qu’un copier collé), mais ne permet pas d’emmener sa musique sur son ipod, ou de visionner un film sur la télé du salon (sauf installation spécifique assez rare) ou pendant un voyage en train/rer…

    La technologie du p2p, aussi bien mule que torrent, est l’outil idéal, et on a voulu le plomber, ce qui reporte l’attention sur des moyens alternatifs, mais tous présentent des désavantages structurels face au p2p.

    La solution serait d’afficher une ip différente de la sienne aussi bien sur le net que dans les logiciels de p2p.

  • Cool cet article et sympa la photo de la campagne IBM Smarter Planet (sur laquelle je bosse ;) )
    La dématérialisation a tout de même un coût, exemple avec Spotify à 10 euros/mois. Minime certes quand on voit le prix d’un album… Après il faut aussi savoir passer le cap: pas évident de se dire que cette musique est dans le cloud quand on a été habitué à posséder ses propres disques

  • Par ema le : 23.10.2009 repondre au commentaire

    le truc cool, c’est que les chanteurs vont devoir gagner leur vie en faisant des concerts. et comme les concerts m’ennuient terriblement, jamais plus je ne nourrirai un chanteur. chouette.

    Par Franck C. le : 23.10.2009

    C’est bien ballot car il y a des artistes qui valent bien plus le coup sur scène qu’en studio (et inversement)…

  • Par Aguado le : 23.10.2009 repondre au commentaire

    C’est quoi ce tag pour l’article « le chef des nuages c’est pas pascal nègre c’est laurent romejko »? ^^

    Par davee le : 25.10.2009

    MDR

  • Par valentine le : 23.10.2009 repondre au commentaire

    Ca y est j’ai compris ! Seguela a peur d’internet car la revolution numerique va imposer le communisme a l’echelle mondiale : abolition de la propriete, mise en commun des biens, elaboration commune des techniques…
    En fait Marx avait juste un siecle d’avance sur son temps.

    Par Joseph Staline le : 26.10.2009

    Tout à fait d’accord, camarade.

  • Par Mike le : 23.10.2009 repondre au commentaire

    tiens, c’est bien ce que je constate aussi, une utilisation du streaming et du téléchargement direct. D’ailleurs c’est à mon avis une amélioration (pour les internautes): je veux quelque chose, je le trouve (très vite en général) et je le regarde directement. Un film complet avec les débits de maintenant en téléchargement direct, ça va très vite (j’avais calculé 12min approximativement avec mon débit pour 700Mo, variable dans la journée).

    D’un autre côté j’ai voulu acheter des films (star trek, la famille adams en dvd) et j’en ai chié pour les trouver en magasins (la famille adams, y’a pas). Et des fois, y’a rien qui m’intéresse, et même gratuitement j’en voudrais pas (ce qui est le cas assez souvent malheureusement), alors en payant (ciné 8euros / dvd très variable / blue ray trop cher), on n’en parle pas (pourtant quand j’ai déménagé, j’avais pas le net, j’ai vraiment cherché… ben bilan j’ai empreinté des films à un ami :D ).

    Si leur contrôle va vraiment se contenter du torrent et de la mule, ils ont 2 / 3 ans de retard. Si ils contrôlent tout, il faudra arrêter en recevant un email (au fait, ils vont expédier sur quelle adresse email ? :D ), mais dans tous les cas j’achèterai pas plus (surtout que j’aurai une pensée pour eux dans les magasins).

    A mon avis, ils risquent juste de voir remonter les échanges physiques (la plupart du piratage que j’ai connu était fait par copie de cd à la fac, et c’était énOrme), et l’achat d’occasion. Notez que je ne parle pas de musique parce que les seuls cd que j’achète, c’est pour offrir. Quoiqu’ils fassent, j’en achèterai pas, je n’ai jamais trouvé que le principe du cd convenait à mes besoins…

    Par Chocopanda le : 24.10.2009

    Non mais la famille adams c’est parce que le dvd du 1 n’est jamais sorti en France. ;)

    Par Oziosborn le : 27.10.2009

    Pour répondre « à quelle adresse e-mail? », il s’agit en fait de l’adresse mail que ton FAI t’as attribué (en te mettant préalablement un couteau sous la gorge). Et sachant que le contrôle se fera avec la collaboration des FAI… Mais bon, il y en aura tellement à traiter que cette loi est complètelent utopique budgetairement, techniquement et obsolète avant même que l’idée ne leur ait traversée l’esprit…

  • Par The Dude Company le : 27.10.2009 repondre au commentaire

    Rien à voir avec l’article, mais vu que je n’ai pas trouvé d’autre moyen pour m’exprimer sur le blocage de  » Les murs ont la parole « , et juste parce que j’aime bien partagé ce que je fais et que pour une fois il y un site qui met tout cela en valeur, donc pouvez agir ???? merki.

  • Par Louis le : 28.10.2009 repondre au commentaire

    On pourrait faire un bouquin en 3 tomes de toutes les lois répressives publiées depuis 2004 qui n’ont aucun effet.

    Sinon de ficher toujours plus de « délinquants » .

  • Par yan le : 02.11.2009 repondre au commentaire

    « Cette pratique consiste à ne plus enregistrer(…) sur son disque dur »

    Et en cas de perquisition aussi… les serveurs à l’étranger ça va être compliqué! Mouarrfff!!! Bon courage à l’industrie des moines copistes (la création n’étant plus de leur fait depuis bien longtemps) au temps de Gutemberg…

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