Ali Baba et les CAC40 voleurs

Le trader, cet enculé qu’on aime détester

Par David Carzon

Le trader n’est plus à la mode. Voire il est en passe d’être plus détesté que les huissiers. Après avoir représenté le job ultime pour des générations d’ambitieux, jongler entre les actions, les marchés, les devises, et autres actifs toxiques ne fait plus autant bander. Pour certains, ce métier est même à l’origine du Mal. Pour autant, il n’a pas perdu de son intérêt.

trader

«Cityboy, mémoires explosives d’un trader», «Le Loup de Wall Street» : ce sont les deux livres qui viennent de sortir ou de ressortir en France. Deux bouquins qui surfent sur l’actualité pour nous expliquer comment des gens bien sous tous rapports en apparence ont participé de manière consciente et active au plus gros bordel financier depuis 1929, simplement en faisant bien leur boulot.

On ne peut pas dire que jusqu’à présent, le trader passait pour un ange, mais il bénéficiait d’une certaine aura. Même un Patrick Bateman, tueur psychopathe d’American Psycho, exerçait une forme de fascination et d’attirance (sauf niveau musique). Il y a quatre ans, un très bon article sur le langage des traders et leurs métaphores particulières pour parler de leur travail montrait à quel point ces derniers étaient déconnectés du monde réel, présage de la catastrophe à venir. Personne ne peut contester que Gordon Gekko, le personnage de Michael Douglas dans le Wall Street d’Oliver Stone, est un bel enculé, rapace, arriviste, corrompu… Mais n’empêche, malgré tous ses défauts et ses affreuses chemises bleues à col et poignets blancs (qu’on tente régulièrement de nous refoutre à la mode), il a inspiré des générations de jeunes loups de la finance qui ont vu en lui un modèle. C’est d’ailleurs ce nom qu’a en tête Jordan Belfort, l’auteur de l’autobiographique « Loup de Wall Street » (éditions Max Milo) lorsqu’il commence à travailler dans les salles de marché. Après des années à arnaquer, prendre de la coke, se taper des putes, céder à ses caprices, il finira en prison pour fraude et blanchiment avec une petite dette de 100 millions de dollars à rembourser un petit peu chaque mois.

Ce monde sans scrupules, on le retrouve également dans « Cityboy » (éditions Balland) de Geraint Anderson, mais transposé à la City de Londres. Si Jordan Belfort annonçait la crise, Geraint Anderson la décrit. D’une manière si précise que son nom est en fait un pseudo pour éviter les représailles de ses anciens amis (on comprend quand on repense à Patrick Bateman). Une histoire née d’abord dans le London Paper avant de finir en livre et en site internet. Site en dot biz bien sûr.

Signe d’un manque de débouchés et d’une obligation d’adaptation aux nouvelles réalités du marché plus que d’une absence d’étudiants et de la demande, le master 203 Finance de Marché de l’Université Paris Dauphine va fermer en 2009 pour rouvrir l’année suivante si les conditions sont réunies. Rassurez-vous, tout cela n’est que temporaire. Quand les places boursières referont de la BGT (qui veut dire Bonne Grosse Thune en langage trader), la méfiance se transformera à nouveau en intérêt. Au minimum financier.

Après l’édition, le cinéma tourne autour de la proie. Geraint Anderson intéresserait même Michael Moore pour un prochain documentaire, alors que le livre de Jordan Belfort sera adapté par Scorsese. On apprend également que Gordon Gekko pourrait être de retour pour une suite de Wall Street. Après Aliens vs Prédator, Gekko vs Madoff?

(photo CC flickr by f-l-e-x)

  • Par Louis le : 20.04.2009 repondre au commentaire

    Je veux bien qu’on s’intéresse aux pauvre suppôts…

    Mais quand est-ce qu’on leur met la tête au bout d’une pique aux commanditaires?

    Par Marthe64 le : 20.04.2009

    Sous le coup de la colère, on cherche évidemment les responsables de cette gabegie et on a envie de les pendre haut et court. Cela tombe évidemment sur les PDG, sur les banquiers et sur les traders. Il n’y a là dedans rien que de très compréhensible.

    Mais les individus (PDG, banquiers, financiers, traders…) à qui on a envie « de faire passer le goût du pain » ne sont que les responsables apparents. Il y a aussi des responsables réels derrière les responsables apparents, et par conséquent si l’on s’occupe seulement des responsables apparents le risque est que les responsables réels parviennent à s’esbigner et à s’en tirer finalement avec les honneurs. Et que les mêmes problèmes se produisent à nouveau d’ici quelques mois ou années.

    Si vous voulez faire disparaitre certains comportements, ce n’est pas la peine d’en appeler au sursaut éthique des individus (cf. moralisation du capitalisme, capitalisme éthique) ou vous occuper de quelques individus que l’on pendra devant les caméras en place publique, çà c’est pisser dans un violon. C’est prendre les gens pour des imbéciles. Ce qu’il faut faire c’est modifier les structures (lois, règlements, fiscalité etc.) qui déterminent les individus à se comporter ainsi. Et çà, les politiques néolibéraux comme MM Sarkozy, le MEDEF et autres ne le feront jamais prétendant qu’il n’ont « ni le pouvoir, ni surtout l’envie d’avoir le pouvoir d’imposer quoique soit à [leurs] adhérents » (pour reprendre les termes de Mme Parisot ! ).

    Par Moogs le : 20.04.2009

    Moi je dis REVOLUTION!!!

    Par étipo le : 28.04.2009

    banzaï

  • Par Orelien le : 20.04.2009 repondre au commentaire

    Attend, Patrick Bateman, niveau musique, il était au top dans les années 80 :)

  • Par DrMorisset le : 20.04.2009 repondre au commentaire

    C’est vrai que quand on voit le film « Wall Street » et ce qui se passe aujourd’hui on se dit que rien n’a changé… Dans un autre genre sur le banquier avide il y a « Let’s make money » sur les écrans en ce moment, ça vaut la peine…

    Par YannDos le : 20.04.2009

    Ouais, mais si on veut encore faire de l’argent facile, on fait comment, hein ?

  • Par toto le : 20.04.2009 repondre au commentaire

    titre un poil vulgaire, pourquoi pas : le trader, ce Jihadiste des open space …

    Par david carzon le : 21.04.2009

    plusieurs niveaux de réponse à cette question cruciale :

    – depuis quelque temps, j’avais très envie de placer « enculé » dans un titre; j’attendais juste le bon moment
    – quand on pense à Madoff, on ne dit pas forcément « rhalala ce madoff, quel djhadiste quand même »
    – et quand même, il faut appeler un chat, un enculé, surtout s’il joue de l’orgue bontempi

    Par toto le : 21.04.2009

    Reçu 5/5 : quand les chats bontempi chanteront « Rhalala », on intubera madoff avec un jihadiste.

    Silence… je tend l’oreille.

  • […] du financier au passage. C’est vrai qu’aujourd’hui nous avons le choix entre le trader arrogant mais pas assez futé pour ne pas se faire prendre (cf. Kerviel), le patron ventripotant des Banques […]

  • Par SPB le : 22.04.2009 repondre au commentaire

    je sais pas si Geraint Anderson (citiboy) est un pseudo, mais comme il fait des interview a visage decouvert et montre sa tete ds les journeaux, je pense que maintenant il n’en a rien a battre de se faire reconnaitre par ses anciens potes. A la base il utilisait juste citiboy sur son blog avant que ca decolle si je me souviens bien.

    Les metaphores de traders qui sont sur l’article en liens me semblent bien edulcores. Je travaille au milieu des traders, c’est bcp plus trash que ca… mais je ne donnerais pas d’exemple, pour pas me faire reperer justement :)

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