Riposte graduée partout ! Justice nulle part !

À quand l’Hadopi de la presse ?

Par Romain

Inadmissible ! Voilà, c’est dit. Et maintenant, stoppez les rotatives. La presse est en pleine déconfiture ! Regardez aux États-Unis, les journaux ferment les uns après les autres, le New York Times hypothèque son building, les comptes sont désastreux… et personne ne fait rien ! Tout le monde se jette à corps perdus sur le problème des maisons de disques et des producteurs de cinéma que l’ogre internet vole et spolie, mais la presse, tout le monde s’en fout.

Locaux Rocky Moutains

Or, la crise qu’elle traverse est – comme pour les artistes – largement due au Web. Si, si. Parce que, lorsque les journaux ont lancé leur site internet, les dirigeants ont eu une idée géniale : « les gars, on va filer notre contenu gratuitement, voilà, oui, c’est cadeau ». Et, c’était un peu la fête du slip, on allait voir ce qu’on allait voir. Allez, vous pouvez fouiller dans nos archives, vous pouvez lire tout le journal en ligne et puis tiens, ce que j’ai pas pu mettre dans la version payante, je vous le file gratuitement sur Internet, vidéos et son compris. Et comment les journaux allaient-ils se rémunérer ? Facile : avec la pub. Les gens sont tellement gentils qu’ils vont cliquer sur les liens, bien sûr. Voilà qui va générer du cash-flow !

Et même si aujourd’hui, les journaux sont un peu revenus de ce modèle « tout gratuit », la grande majorité du contenu récent reste accessible sans frais. Au pire, il faut se créer un compte. Mais on a pris le pli : la presse sur Internet, c’est en libre accès. Et la musique, pas. Et le cinéma, pas.

Inadmissible, donc. Il est plus que temps que le contenu fourni par les journalistes soit rémunéré monnaie sonnante et trébuchante. Il est indispensable que l’Assemblée propose une sorte d’HADOPI de la profession. Après des États Généraux laborieux l’année dernière, il faut des mesures fortes – une riposte graduée – pour que les gens apprennent à mettre la main au portefeuille et plus que tout pour stopper l’hémorragie qu’est le partage de contenu. Car pour l’information comme pour la musique ou le cinéma, le cœur du problème, c’est le partage.

Par exemple, vous lisez un article sur le site du Monde et le midi, à la cantine, vous en faites un bref résumé entre le fromage et la tarte au citron meringuée. Et vous vous pensiez innocent ? Deux jours plus tard : paf, vous recevez une lettre de mise en garde avec un bulletin d’abonnement à Valeurs Actuelles. Si on vous reprend à mailer le contenu d’un article sur les chasseurs de baleines au Japon que vous avez déniché sur Libé.fr, zou, seconde lettre de mise en garde avec accusé de réception et stage payant obligatoire à la manière du permis à points où sont lues les meilleurs chroniques d’Eric Zemmour entrecoupées de déclarations de Thomas Dutronc et de Gad Elmaleh.

Et puis, si ça ne suffit pas et qu’on vous chope alors que vous venez de poster sur votre blog – « sans penser à mal », bien sûr – un digest de vos lectures des journaux de la semaine, c’est la troisième faute et le dernier stade de la riposte graduée qui arrive : cache occlusif greffé sur votre œil fort pour une durée variable de trois mois à un an tandis que la rétine de l’autre œil est brûlée au laser pour qu’apparaisse en permanence dans votre champ de vision : « Pirater, c’est voler ».

Voilà qui va apprendre la vie à cette jeunesse délabrée.

Photo : locaux du Rocky Moutains avant fermeture.

Pas de mots cles pour ce post.

  • Par Julien le : 20.03.2009 repondre au commentaire

    article intéressant et tellement d’actualité, hélas.

    Ceci étant, la loi Hadopi commence avec un H. C’est pourquoi à votre place, j’aurai plutôt intitulé cet article « A quand LA HADOPI de la presse ».

    Un peu comme Haricot et Handicapé, ‘voyez le genre?

    Par Moogs le : 21.03.2009

    D’accord, mais ça sonne moins bien…

    Et au fait, ne criez pas tout ça trop fort, ils sont réellement capables de nous créer des Zhadopis sur tout (là aussi ça sonne mieux :D ).

    Par Romain le : 21.03.2009

    Julien, tu as raison (le H, c’est bien pour Haute, nan ?) mais comme le dit Moogs, ça sonne moins bien et dans les autres articles sur le sujet, on a préféré l’élision (cf « Puisqu’Hadopi… »), j’allais pas créer un précédent. De plus, ça faisait une syllabe de trop et un peu trop d’assonance.

    Sinon, oui, je veux du Zhadopi pour tout : plus le droit de faire une pizza chez soi sans payer son tribut au gouvernement italien, interdiction formelle de porter des chaussures en cuir sans rémunérer les vaches et le prochain qui dit « frigidaire » à la place de « réfrigérateur », amende de 45 euros.

  • Par bascal le : 21.03.2009 repondre au commentaire

    Sauf que les nouvelles de presse, dépêche, etc. sont dépouvues d’originalité et qu’elles ne sont donc pas protégeables par le droit d’auteur. Donc il n’y a pas de conrefaçon dans l’exemple illustré ici.
    Je comprends l’analogie mais légalement l’argument tient pas là.

    Par Dora The Explorer le : 21.03.2009

    Eric Zemmour, quel c***ard inutile.

    J’attends toujours la mesure présentée par N.Sarkozy il y a de ça quelques semaines / mois, qui devait instaurer un abonnement gratuit d’un an à un quotidien pour chaque jeune dans l’année de ses 18 ans. Histoire d’habituer à la presse et de relancer le secteur toussa toussa.

    Sinon? HADOPI FTW !

  • Par Zum le : 24.03.2009 repondre au commentaire

    on veut des menottes à chaque photocopieuse !!

  • […] sais bien que le web a fait beaucoup de mal à la presse, on peut d’ailleurs retrouver un article assez amusant sur le sujet chez BienBienBien où le tout est tourné en dérision pour taper dessus […]

  • Par Thibault le : 19.05.2009 repondre au commentaire

    Bel article, vraiment sympa.
    Trop peu de commentaires pour récompenser votre travail. Il est terrible : )

Go

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