Les frères Taloche veulent tourner « Y’a-t-il un flic pour sauver le net ?»

Le web sommé de rentrer dans le rang… et plus vite que ça

Par David Carzon

Les attaques contre le net se font de plus en plus fortes et de plus en plus pressantes. En deux jours, on a eu droit à deux sorties assez remarquées (et violentes) du réalisateur Luc Besson et du porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre. L’objectif avoué : contrôler tous les flux. On leur souhaite bon courage.

besson

Tout cela est l’histoire d’un dialogue impossible. D’un côté, les politiques, les industriels et les institutionnels habitués à un « dialogue » vertical qui veulent tout centraliser : je donne des ordres, je dis comme cela doit se passer, tout est contrôlable et les autres obéissent. De l’autre, une communauté d’internautes (même si je globalise forcément un peu) rétifs à cette forme d’autorité et qui privilégie une communication transversale, d’égal à égal, sans base de données centrales mais à travers des serveurs éparpillés, une connaissance globale mais essaimée… Pas évident de se comprendre donc.

Alors quand Luc Besson hurle aux loups lundi dans une tribune dans Le Monde et samedi sur Canal +, en s’en prenant à l’économie du piratage et plus particulièrement à beeMotion, site canadien de films en streaming qui depuis a fermé, son propos mêle et emmêle délit de piratage, riposte graduée, pertes économiques, complicité des acteurs du net français… Il y aurait beaucoup à dire et à décortiquer, mais, c’est la magie et l’humilité du net, quelqu’un l’a déjà fait brillamment et ça ne sert à rien de le pirater : il s’appelle maître Eolas et tout est dit dans sa note que je vous invite à lire dans son intégralité.

Deuxième round mardi avec Frédéric Lefebvre, connu pour ses prises de position tranchées sur le web. Le député UMP et porte-parole du parti de la majorité demande, pas moins que la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le piratage industriel. Il y aurait beaucoup à dire et je vous laisse méditer sur ses arguments recueillis par ma collègue de 20minutes.fr, Alice Antheaume.

Tout juste relèverais-je sa volonté de revenir sur la LCEN qui régit notamment les statuts d’hébergeurs et d’éditeurs. Il a l’air sûr de lui le bougre mais je sais, pour en avoir discuté il y a une semaine avec Nathalie Kosciusko-Morizet (la nouvelle secrétaire d’Etat à l’économie numérique), que cette idée n’est absolument dans les tuyaux. Au contraire. Les juristes du gouvernement estiment aujourd’hui que la jurisprudence, favorable aux hébergeurs, est plutôt claire. On verra si Frédéric Lefebvre a la capacité pour inverser la tendance. Et donc on saura s’il est aussi intéressant de lui donner autant de poids médiatique, de lui prêter autant d’influence, à chaque fois qu’il s’exprime sur internet.

Du coup, plus qu’un long discours, je voudrais tout simplement vous lister la quasi-totalité des sujets (j’en ai enlevé deux « mineurs ») qui ont donné lieu à des commissions parlementaires depuis 2000 : libération des infirmières bulgares en Lybie, les sectes (x2), le scandale d’Outreau, la canicule meurtrière de 2003, la sécurité du transport maritime des produits dangereux ou polluants (c’était après l’Erika), les causes économiques et financières de la disparition d’Air Lib, sûreté des installations industrielles et des centres de recherche et sur la protection des personnes et de l’environnement en cas d’accident industriel majeur (c’était après AZF), le recours aux farines animales dans l’alimentation des animaux d’élevage (c’était après le scandale de l’ESB)…

Le piratage au milieu de tout ça, ça ferait tâche ? Ou pas ?

(photo CC flicrk by Army.mil)

  • Par Arnaud Seldon le : 18.02.2009 repondre au commentaire

    Si on regarde cette liste des sujets ayant donné lieu à des commissions parlementaires, on se rend compte que les sujets en question sont des sujets ayant « scandalisé » l’opinion publique (cette grande et douce chimère) au travers de la médiatisation de quelques « urgences (médiatiques) de la société ».

    De ces urgences qui invitent Madame Trucmuche la concierge et Monsieur Machin le pilier de bar à s’écrier, scandalisés, la bouche en coeur : « Mais que fait le gouvernement ?!!!! »

    Le gouvernement ne fait évidemment rien (encore heureux) et – donc – le parlement commissionne, pour souligner que cet aléas de la société qui a choqué l’émotion de l’opinion publique (cette douce et grande chimère II), « il ne faut plus que ça se reproduise, ah ça non, alors ».

    Donc, quelque part, vu que le piratage sur Internet est un épouvantail plaisant d’agiter en ces temps de crise (« Oui parce que, Messieurs Mesdames, si c’est la crise en ce moment, c’est à cause du piratage sur Internet, si, si, si ! »), il me semble qu’il ne ferait pas si tache (sans accent circonflexe) que ça dans la liste des commissions parlementaires. Qui n’ont d’exceptionnelles qu’une exceptionnelle inutilité sur des « problèmes » exceptionnellement médiatisés.

    Une exception française, peut-être ?

    Par Louis le : 18.02.2009

    Moui, tu as raison Arnaud. Le peuple a tort, il faut le dissoudre quand il s’émeut. Qu’il est con ce peuple!

    Sauf que, dans la liste des commissions citées par David, toutes
    concernaient les menaces sur la santé, l’emploi, les conditions de vies de milliers/millions de personnes (la grande et douce chimère).

    Le « piratage », non. Ce ne sont que des intérêts privés qui sont en jeu, formidablement personnifiés par Besson et Machin. Et ça me fâcherait tout rouge que l’assemblée occupe son temps à qualifier une dizaine de millions de Français de pirates.

    Et David, j’aimerais envoyer une carte postale (2.0) à Fred (on ne va quand même pas trop faire de requêtes google avec son nom), où n’apparaitrait au verso que la dernière phrase de ton 5e paragraphe, histoire de voir s’il peut me faire un autographe.

    Par Arnaud Seldon le : 18.02.2009

    Louis> Il ne s’agit pas d’être un anti-démocrate poujadiste. Juste de souligner que les sujets de ces commissions sont des réactions politiques qui expriment une incapacité d’agir (et de prévoir) ces situations qui échappent à la sphère d’action des autorités publiques. Or, ces réactions politiques sont des réponses à des émotions (ça, c’est dangereux) de « l’opinion publique ».

    L’opinion publique, tout le monde en parle, personne ne sait ce que c’est et personne ne songe à dire que ça n’existe pas. C’est une arlésienne. Une chimère. Une projection de l’esprit qui s’auto-alimente, fondée sur des statistiques qu’on tire à partir de vagues échantillons de 1000 personnes. C’est ça, qui est une chimère, pas les « conditions de vie de millions de personnes » (oh, come on…). Mais, à la rigueur, peu importe : quand bien même elle existerait, les commissions parlementaires ne sont que des tentatives de « rassurer » les émotions troublées de « l’opinion publique ».

    Ceci dit, tu as raison : les infirmières bulgares, ça concerne les conditions de vie de millions de personnes.

  • Par damn le : 18.02.2009 repondre au commentaire

    Frédéric L, dans son interview à 20 minutes, précise qu’on chassera les « dealers » de films comme on chasse actuellement les paradis fiscaux.

    Ca pose sa menace une phrase comme ça.

    ..

    (Chair de poule parcourant la colonne vertébale)

  • Par Culture.com le : 18.02.2009 repondre au commentaire

    Si je comprends bien, après un peu de wikulture sur la LCEN, le principal problème des réseaux de streaming (ou des sites de téléchargement, ou de radio en ligne…) est surtout qu’on ne peut pas condamner les usagers au nom du préjudice économique.
    Pour ce faire, il faudrait effectivement policer les sites hébergeurs et les utilisateurs (qui le sont déjà un peu avec leur IP…)

    Evidement, on parle des droits d’auteur. Ca m’a tout l’air d’être un bon paravent. Là où ça coince, c’est chez les grands majors qui perdent énormément (il est vrai, les artistes aussi, du coup)

    J’ai, avec stupeur, découvert que mon deezer chéri demandait désormais une ouverture de compte pour être accessible.
    Ca me laisse un peu pantoise.
    Là où Radioblog était contestable parcequ’il ne reversait pas ces fameux droits d’auteur dont F Lefèbvre a fait son cheval de bataille, Deezer agissait en toute légalité. Alors pourquoi donc nécessiter un enregistrement ? Vous vous enregistrez, vous, quand vous écoutez la radio depuis votre bon vieux poste de cuisine ?
    Pourquoi donc Internet changerait-il la donne à ce niveau là ?

    Je veux bien qu’on cause de la propriété intellectuelle, de la rémunération de l’artiste et des « ayant droits ».
    Mais on agite ces concepts – qu’on ne définit jamais, restons dans les grandes valeurs agiteuses de foules – comme des polichinelles.

    Messieurs les politiques, soyez honnête, outre le fait que vous agonisez de voir tant de pouvoir hors de vos petites mains. Au lieu de hurler à la « destruction de la culture » (avez-vous finalement décidé s’il était utile, le ministère, ou non ? pardon… rentable ?) affichez votre vraie angoisse (je ne cherche pas à savoir si elle est légitime) : sa « dé-monétisation ».

  • Par Fif le : 18.02.2009 repondre au commentaire

    « Il a l’air sûr de lui le bougre, mais je sais, pour en avoir discuté avec il y a une semaine avec la nouvelle secrétaire d’Etat à l’économie numérique, que cette idée n’est absolument dans les tuyaux »

    P’ti pb ou alors j’ai pas compris la phrase :) (ce qui se peut aussi)

    Par David Carzon le : 18.02.2009

    ça va mieux avec un « avec » en moins non ?

    Par Fif le : 18.02.2009

    (pt1 de smilay :<)

    Sinon, quant à l’article, je pense faire parti de la majorité d’internaute qui ont vu passer et re-passer des actions légiférantes qui n’aboutissent jamais. Au-delà de la bagarre de lobbyiste qui m’échappe complètement, je continue naïvement à faire confiance aux surdoués qui ont toujours su déjouer / contourner.
    Je ne sais pas si j’ai raison de croire aveuglément à cette « force » ; a un point tel que je trouve ces agitations -Luc besson et l’autre tocard là, Lefebvre- vaines.
    Fut-un temps où je brandissais aussi les poings en hurlant « fox off u moron » maintenant j’attends que les puissants soient de notre génération et trouvent enfin une solution probante à « un problème » qui me semble dépasser de loin l’entendement de la majorité de notre gouvernement

  • Par Lion le : 18.02.2009 repondre au commentaire

    Marrant j’ai déjà vu un article sur le sujet pas très loin ;p
    http://www.yourteube.com/super-heros/square-enix-eidos-luc-besson-eolas/

    Mais chapeau bas en tout cas à Eolas et à cet article bien complet. Depuis les délires d’Albanel ça commence à sentir mauvais pour l’Internet au pays de Danema … France.

  • Par Mathieu le : 18.02.2009 repondre au commentaire

    Pour info, BeeMotion, n’est pas canadien, c’est juste une astuce pour être tranquille. Ils sont hebergé chez Free, en France, donc.
    http://eco.rue89.com/2009/02/17/piratage-beemotion-replique-a-luc-besson

    Par tutu le : 18.02.2009

    Moins gros que Besson mais quand même…

  • Par Setebos le : 18.02.2009 repondre au commentaire

    De toute façon, tout le monde sait que Frédéric Lefebvre n’existe pas, c’est seulement une création du Net (cette bête immonde, repère de nazis pédophiles) qui vise à faire passer l’UMP pour une bande d’andouilles.

    Non ? Il existe vraiment ? Et il sort réellement ce genre de trucs ?
    Wow. Non, vraiment, je ne croyais pas.

  • Par serum le : 19.02.2009 repondre au commentaire

    le problème d’Internet est mondial, il ne peut se résoudre à l’échelle nationale, tout comme le trafic de drogues ou les paradis fiscaux, chaque pays aura sa législation et les personnes qui voudront distribuer du contenu illégal le feront en toute impunité dans des pays qui voudront bien les acceuillir.

    je crois que c’est ici que j’ai lu que la mode des P2P et d’Internet en général pouvait se comparer à la sortie des radios il y a quelques dizaines d’années : la plupart des distributeurs avaient alors clamés le souhait que les radios soient banis des ondes, alors que finalement la seule solution concrète qu’il fallait y apporter était de s’adapter au système. Steve Jobs et son magasin Itunes en ligne a tout compris, Luc Besson lui, n’a malheureusement rien compris…

  • Par Chakal le : 19.02.2009 repondre au commentaire

    Vraiment rien à craindre des deux ânes précités, Besson et Lefebvre sont d’une telle nullité et pas seulement dans leur domaine de « compétence » respective… que le net a encore de beaux jours devant lui. C’est d’ailleurs par son biais que la Révolution se fera inéluctablement… Car pour le pouvoir de la presse et de l’argent, des médias de base et des politicards, le net s’est avant tout semer la bonne parole ultra-libérale, pub et ventes tous azimuts obligent, les flux sont ouverts pour la « liberté » de consommer…. Ils avaient juste oublier que le net c’est loin de ne servir qu’à ça… mais du haut de leur superbe et de leur ignorance crasse (voir le dernier épisode de The Pirate Bay, où il a été démontré que la capture d’écran censée les incriminer n »est pas opérationnelle et n’ouvre donc aucune voie vers leur condamnation…. lol!! nos « petits génies » du net style Olivennes, P. Nègre et les autres guignols auront tjs un train de retard par rapport à ceux qui font vivre le net. La vraie information, elle, ne se cantonnent pas à de la pure com’ de m….. Le net est ouvert à de vrais débats, propices à de véritables réflexions sur le devenir de l’homme en ces temps de crise sociétale majeure. Non, vraiment rien à craindre. Ces abrutis n’ont pas seulement un siècle de retard, c’est une civilisation entière qui se profile qui les jettera bientôt dans les poubelles de l’Histoire. La Révolution par le NET!

    Par Fif le : 19.02.2009

    /me tend le bras
    « Fox off u moron » o/

  • Par Chocopanda le : 19.02.2009 repondre au commentaire

    Non mais lol quoi. Luc Besson. Genre. Enfin remarque en matière de vol de travail et d’idées il s’y connait. C’est peut-être pour cela qu’il se permet d’en parler. :o)

  • Par Timéo Danaos le : 19.02.2009 repondre au commentaire

    Une commission d’enquête sur l’incompétence des politiques en matière d’internet me paraîtrait plus judicieuse

  • […] (vous en faites pas, lui, c’est un mec qui y connait rien, mais rien du tout à internet) – BienBienBien : Le web sommé de rentrer dans le rang… et plus vite que ça – Internet for Every One : Internet est la solution Un Internet ouvert, neutre, à haut débit, […]

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