Un Top 5 des modèles économiques du net

Combien ça croûte

Par David Carzon

Il y a mille et une façons de gagner de l’argent sur le web… Ou d’en perdre. En ces temps de crise économique, il était urgent de faire le point sur ce qui marche plus ou moins bien, et sur ce qui va marcher plus ou moins bien. N’ayant pas les capacités d’analyses de Bernie Maddof, ni la vision d’un Chris Anderson, BBB va se contenter d’un Top 5. C’est la manière la moins chiante (et encore) qu’on ait trouvée pour parler d’économie.

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5/ La gratuité

La claque. La grosse claque même. Le modèle économique de la gratuiteé paraissait être l’eldorado pour qui voulait se lancer sur le oueb mondialisant : une idée de départ capable de générer de l’audience, des moyens et d’autres idées pour la fidéliser et la faire grandir, et une bonne régie pub pour faire tomber les dollars.

Et bien, ça, c’est terminé avec la crise. La pub en ligne devrait continuer de progresser mais pas à un rythme suffisamment fort pour soutenir des pans entiers de la nouvelle économie basés sur ce seul modèle. Avec la fermeture de Lycos par exemple, de nombreux sites se retrouvent sans régie publicitaire et certains, pourtant très lus, ne parviennent pas à trouver une nouvelle régie leur garantissant le même niveau de revenus. Et les sites, notamment d’informations, cherchent de plus en plus à diversifier leurs sources de revenus : Bakchich vend ses « confidentiels » 1 euro, Rue89 fait de la webagency par exemple pour le conseil général de l’Hérault, le NYT réfléchit à un possible retour d’une partie payante par du micro-paiement après être passé au tout-gratuit il y a deux ans…

Et puis, il y a le nouveau Graal : le merchandising. Wired a très bien expliqué comment le business des t-shirts permet de monétiser la gratuité d’un site. Et dans des proportions assez prometteuses. Pour ne pas dire juteuses.

4/ La subvention

Je vous vois venir, cela n’a rien à voir avec de la prostitution. La mythologie de la gratuité sur internet  a fait naturellement émerger la notion de « don ». Et je ne parle pas du bouton « paypal » pour financer le film de Roger sur Jésus. Moi, je vous parle d’un vrai système économique.
L’exemple le plus connu reste Wikipédia qui vient de récolter six millions de dollars pour financer son fonctionnement. Reste à savoir si les plus de 125 000 personnes qui ont mis la main à la poche sont prêtes à recommencer régulièrement si Wikipédia ne trouve pas de modèle économique autre.

Les musiciens eux, peuvent se rabattre sur des plateformes alternatives de dons (Jamendo) ou de subventions-financements pouvant donner lieu à des retours sur investissements (mymajorcompany, nomajormusik, spidart…). Les étudiants peuvent mettre leurs projets aux enchères pour se faire financer, charge à eux de rembourser intérêts compris (Fynanz au USA, Qifang en Chine).

D’une manière générale, pour les artistes, tout cela a été formalisé sous le nom de « théorie des mille vrais fans ». En résumé, il suffit (facile à dire) de se former un capital de mille fans prêts à acheter vos productions (disques, peintures, livres…) pour devenir totalement indépendants des maisons de disques, éditeurs et autres industriels de l’art.

3/ Le do and sell-it yourself

Qui dit crise, dit chômage, dit petit boulot, dit petit entreprise individuelle… Bref, démerde-toi avec ce que tu sais faire pour te fabriquer ton propre business. Et ce système D de l’entreprenariat et de l’auto-production est devenu un vrai modèle économique sur le net. Beaucoup de sites proposent d’aider les apprentis entrepreneurs dans leur démarche du début jusqu’à la fin. Nous sommes dans la co-création : l’internaute imagine, crée, produit et vend, aidé à chaque étape par un site. Par exemple, Ponoko avec lequel vos pouvez fabriquer toutes sortes d’objets design et les mettre en vente. Ou encore Prestashop est une plateforme gratuite pour se lancer dans le e-commerce. Tout cela est encore embryonnaire, mais peut être une porte de sortie. Un espèce d’artisanat 2.0.

2/ Le freemium

Le mélange gratuit-payant est un des modèles les plus prometteurs. Et philsophiquement, un des plus réjouissants aussi si l’on pousse la logique jusqu’au bout. Le freemium repose sur l’idée que la prestation de base est gratuite et ce que l’on vend, ce sont des valeurs ajoutées secondaires (PhotoshopOnLine, WebMynd, Zoho Writer, FixMyMovie…).

Un système hybride qu’il vaut mieux avoir pensé et imposé dès le départ pour ne pas avoir à justifier par la suite de rajouter un espace payant. C’est le problème de Facebook qui aimerait bien faire passer certains services en payant (par exemple, au-dessus de 200 amis). A moins d’être sûr de pouvoir parier sur votre solide audience de fans comme cela a été le cas pour le Club Penguin, racheté par Disney en 2007, et qui a ouvert une boutique rentable semble-t-il (Mickey a dû casquer 350 millions de dollars). Cet exemple cité par Chris Anderson dans une tribune écrite pour le Wall Street Journal est l’illustration du renversement de l’économie actuelle : « Au lieu de donner un brownie pour en vendre 99, vous envoyez 99 pingouins virtuels pour vendre un igloo virtuel ».

Le plus ironique, c’est que tout cela rappelle furieusement une conception marxiste de l’économie comme l’explique Bernard Cathelat, docteur en psychologie social qui a travaillé sur le forum Netexplorateur la semaine dernière : le besoin primaire doit être satisfait gratuitement et c’est le supplément de confort que l’on paye. Un vrai bouleversement pour les entreprises qui dans le monde réel ont tendance à vouloir tout faire payer. Surtout que l’on peut pousser cette logique très loin. Pourquoi ne pas imaginer que vous ayez une partie de l’eau gratuite au prétexte que c’est un bien commun à tous et que vous ne payiez que quand vous dépassez un certain niveau ? Et pourquoi pas un Iphone gratuit payé par les applications ? Non, là, je rêve.

1/ Le business de la délinquance

Franchement, c’est mon préféré. Pas parce que c’est le plus prometteur, mais surtout parce qu’il prend tout le monde à rebours : il part du principe que puisqu’on ne peut pas arrêter le piratage autant le monétiser. Et l’exemple emblématique, c’est Auditude qui crée de la valeur sur les fichiers illégaux échangés sur les réseaux P2P. Auditude repère les vidéos piratées et y insère une bannière publicitaire dont les revenus sont partagés par les ayants-droits. Un test est en cours avec MySpace. Faire son beurre légalement avec le piratage, ça va quand même demander une vraie révolution culturelle.

(photo CC flickr by brad stabler)

  • Par Shamilda le : 09.02.2009 repondre au commentaire

    « Pourquoi ne pas imaginer que vous ayez une partie de l’eau gratuite au prétexte que c’est un bien commun à tous et que vous ne payiez que quand vous dépassez un certain niveau ? »

    J’ai vu un reportage il y a quelque temps sur une petite commune française qui pratique plus ou moins ce système.
    En gros il y a une consommation « moyenne » d’eau pour chaque habitant.
    Si vous êtes en dessous de la moyenne vous payez moins, si vous êtes au dessus vous payez plus.
    C’est très eco-friendly et la commune reçoit la même somme d’argent qu’avant.

    Par stan le : 09.02.2009

    ça ne revient pas à payer ce que l’on consomme ?

    Par Shamilda le : 09.02.2009

    J’ai mal expliquée je crois :(
    En fait ça reprend l’idée du bonus/malus des voitures…

    Les gros consommateurs payent un malus et les petits consommateurs ont une sorte de bonus leur permettant de payer moins que ce qu’ils payaient avant la mise en place du système..

  • Par Baleine des sables le : 09.02.2009 repondre au commentaire

    J’ai pas l’impression que tu rêves quand tu penses à l’iPhone gratuit.
    C’était l’idée de Google de proposer un téléphone gratuit, financé par de la publicité certainement, comme l’ensemble de son business model.
    Ils ont montré jusqu’à présent que rendre le service à l’utilisateur final gratuit n’empêche pas d’être rentable. Ce modèle ne fonctionne par contre que pour les plate-formes très fréquentées.

    Les conceptions marxistes que tu avances sont intéressantes. Quand on arrête de tourner la théorie en dérision 5 minutes, on lit bien que le communisme est la suite du capitalisme. Alors j’me demande si le développement des moyens de communication et de la gratuité de ces services (pour l’utilisateur final) avait amené un nouveau modèle d’économie ? Il est intéressant de penser qu’il se forme ici une passerelle vers un nouvel ordre.

  • Par Julien le : 09.02.2009 repondre au commentaire

    J’aime beaucoup l’oeuvre de la photo, « Free Stamp » de Claes Oldenburg, un suèdois spécialisé dans les objets géants.
    On peut même voir le Free Stamp sur Google Maps : http://fr.googlesightseeing.com/2008/12/09/le-plus-grand-tampon-encreur-du-monde/

  • Par Ralain le : 09.02.2009 repondre au commentaire

    J’ai trop de temps aujourd’hui et il faut bien se défouler un peu le lundi matin, alors je vais faire le « grammar nazi » (ou « Heil Grammatik » selon encyclopediadramatica.com) :

    – Ce ne serait pas « Madoff » avec un « d » et deux « f » au lieu de « Maddof » ?
    – « gratuiteé » arg… pourtant c’était bien écrit dans le titre =(
    – « philsophiquement » : pas bien non plus ='(

    Voilà, on se sent tout de suite mieux après.
    Je vais me recoucher maintenant.

    Par david carzon le : 09.02.2009

    je vais les laisser exprès pour me rappeler que c’est pas parce qu’on poste une note de 6000 signes à 1 h 30 du matin qu’on doit laisser des coquilles…
    merci

  • Par ltdkix le : 09.02.2009 repondre au commentaire

    J’opte pour la 3ème solution.. Qui est mieux servi que par soi même….

  • Par Martius le : 09.02.2009 repondre au commentaire

    « 3/ Le do and sell-it yourself »

    On y est : on vient de lancer l’auto-entrepreneur, on facilite la légalisation des revenus pour le travail « at home », les sous récoltés sur le web, etc.

  • Par Louis le : 09.02.2009 repondre au commentaire

    David, vraiment, même à 1h30 du matin, après 6000 caractères, et bénévolement, s’il te plait, je ne ferai pas de commentaire blessant sur ton titre de peur d’y faire une nouvelle croûte, mais quand même!

    A part ça, ce qui est marrant, c’est que tout le monde a tilté sur « marxisme ». Je n’en rajouterai pas trop, le partage équitable et limité des ressources nécessaires étant une valeur défendue par certains partis de gauche dont je ne vais rien dire, pour ne pas faire de prosélytisme.

    Non, je remarque plutôt que le n°1 du top5 ressemble furieusement à du capitalisme : l’appropriation sauvage d’un bien public pour en tirer un bénéfice financier. Et ça, c’est pas vraiment ma préférence. Et la seule révolution culturelle, c’est qu’à nouveau un projet capitaliste affiche son cynisme le plus absolu sans trembler le moins du monde, en en étant même fier : faire du profit sur un bien (qu’il considère comme privé) issu du piratage.

    Bref, c’est pas joli.

  • Par IandI le : 09.02.2009 repondre au commentaire

    Je suis sure que tu l’as lu (et c’est même peut être de là que vient ta réflexion), mais un petit article du Monde parle de la webéconomie et de l’effet « longue traîne ».
    http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-651865,50-1151947,0.html

    voilà, c’est tout.
    Au sujet du marxisme: ben, en fait, le supplément de confort, c’est pas du marxisme, quoi. L’égalité parfaite va à l’encontre de ce principe…
    Je pense vraiment que c’est la subvention qui finira par payer. Tu fais des bons trucs, on peut payer pour ça. Tu fais des mauvais sites, et en plus tu mets des pubs sur ton site, tout le monde se casse.

  • Par IandI le : 09.02.2009 repondre au commentaire

    http://www.leconomiste-notes.fr/dotclear/index.php?2009%2F02%2F09%2F142-quelques-elements-sur-la-longue-traine

    un article de plus (achement bien celui-là, sont trop forts les économistes).
    c’est le dernier, promis ;)

    Par david carzon le : 09.02.2009

    hannnn je croyais avoir écrit l’article définitif sur le sujet, et tu me sors des liens de partout… :)

    Par david carzon le : 09.02.2009

    enfin merci quand même
    :)

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