Comment Mickaël Vendetta a donné une leçon à Eric Besson

Micro-ambition pour la maquereau économie du net

Par David Carzon

A BBB, on en avait un peu marre d’entendre toujours les mêmes conneries sur l’économie numérique, conneries qui sont d’ailleurs à peu près toutes concentrées dans le bouquin du « monsieur l’Internet » du gouvernement, Eric Besson. Alors entre deux bières et trois rhums arrangés, on a réfléchi dur pour dépasser la branlette habituelle et poser les vrais problèmes, les vrais enjeux, les vrais défis…

« Internet bouleverse plein de trucs blablabla. » Cette perle moqueuse empruntée à une excellente blogueuse – et pas que – pourrait très bien méchamment résumer l’essence de l’essai que vient de publier Eric Besson (La République numérique, éditions Grasset). D’ailleurs, comme par hasard il y a un côté personal branding – thème dont se joue girlsandgeeks en ce moment – dans cet ouvrage. Lisez plutôt : « Pour que la France tire tous les bénéfices économiques, sociaux, sociétaux et démocratique d’Internet, nous devons, en toute simplicité, succomber à l’enthousiasme. » Tout le vocabulaire employé par Besson “enthousiasme”, “bien-être” est chargé d’un pouvoir fantasmatique qui ne colle pas avec la réalité économique.

Car cet ouvrage qui survient au moment où on s’interroge – merci la crise – sur l’avenir économique d’Internet, tombe dans un piège classique : confondre l’économie qui s’est créée autour du numérique et l’économie du numérique qui n’existe pas encore. Internet produit du lien, de la réflexion, de l’influence, de l’affluence, de la création, de l’information…Mais peu de richesses directement.

Résumons à gros traits les forces en présence (en dehors du e-commerce, un des rares secteurs qui a réussi à transposer sur le web un modèle marchand classique) : il y a d’un côté le contenant et les outils (ordinateurs, logiciels, téléphones, matériels…) qui font du fric et de l’autre le contenu qui cherche à en faire et pas toujours avec succès.

L’erreur du livre d’Eric Besson est de s’appuyer sur le succès du web-marchand pour le généraliser un peu trop vite à tous les pans d’une économie dite numérique à grands coups de poncifs du genre « l’économie numérique catalyse l’économie » ou « internet invente la concurrence pure et parfaite ». Dans cette vision angélique –voire naïve – et globalisatrice, tout le monde doit y gagner selon lui : « une utilisation intelligente d’Internet débouche en toute logique sur une augmentation sensible des profits ». J’en parlerai à Bonduelle par exemple car c’est bien connu, leur stratégie sur le web a multiplié de manière exponentielle la consommation de petits pois dans le monde.

Autre erreur flagrante de Besson : il glorifie une vision du web favorisant le BtoC, business to consumer, en supprimant les intermédiaires. « Internet est néfaste aux intermédiaires, aux positions établies qui ponctionnent la valeur sans augmenter le bien-être général », explique Eric Besson. Mais à qui pense-t-il ? A Google qui a raté son expansion en jouant l’intermédiaire entre celui qui cherche et celui qui veut être trouvé ? A Facebook qui n’a pas réussi à imposer son réseau social ? A iTunes qui vend de la musique pour les majors ? Pour continuer dans l’ironie sur la question de l’industrie de la musique, il est vrai que les maisons de disques ont totalement réussi ce qu’explique le ministre, à savoir vendre directement sa musique aux internautes sans intermédiaires.

En général, pour expliquer la montée en puissance inéluctable d’internet dans l’économie numérique, le même argument revient sans cesse : les budgets publicitaires seront à terme transférés sur le net, permettant la rentabilité des modèles « tout-gratuit ». De fait, l’économie du net repose déjà en grande partie sur cette unique source de financement. Il va donc bien falloir que le web devienne un outil de production de biens et de services. En reposant sur l’affluence et l’influence de leur trafic, les sites dépendent exclusivement des budgets publicitaires, de marketing ou de lobbying. C’est le tout marketing qui nous guette : je ne produis rien mais je suis capable de tout vendre même ma mère. Une sorte de Mickaël Vendetta généralisé à l’économie.

Signe qu’il est temps de franchir une étape, les modèles reposant sur la publicité et la gratuité, sont en train de lorgner vers des systèmes hybrides. Pour Facebook par exemple, dont les coûts de gestion dépassent de loin les recettes possibles, raconte Frédéric Filloux sur e24.fr, on peut envisager de faire payer les plus gros utilisateurs, un peu comme un modèle « premium » qui donne droit aux fonctionnalités les plus avancées : ceux qui ont plus de 200 amis, changent de statuts plusieurs fois par jour, postent de nombreuses photos… Pour un coût faible, ils pourraient financer tout le reste, gratuit donc. Tentant.

Une autre idée racontée par Frédéric Filloux sur sa Monday Note cette fois consacrée à la « résurrection » du modèle payant, consiste à faire payer par le gratuit. Comment ? En donnant une application basique pour inciter à acheter la version plus élaborée. Un peu comme on le fait pour les jeux vidéos parfois. Mais pour que cela fonctionne, on en revient à la problématique de base : il faut produire quelque chose que les internautes auront envie de payer d’une manière ou d’une autre, quelque chose qui aura une valeur. Et ça, c’est quand même autrement plus bandant que d’aligner les sites référencés et de faire payer les bannières au poids du buzz supposé. Nous, à BBB, tout ça nous fait bien réfléchir. Et ça nous donne des idées…

(photo cc luc legay @ flickr)

  • Par quentin le : 20.11.2008 repondre au commentaire

    :) (sourire d’approbation)

  • Par Louis le : 20.11.2008 repondre au commentaire

    « Internet produit du lien, de la réflexion, de l’influence, de l’affluence, de la création, de l’information…Mais peu de richesses directement. »

    Mmmmm… Très intéressant cet article, il me fait bouilonner les neurones, tiens!

    Alors qu’est-ce qu’une richesse? En quoi le lien, la réflexion, l’influence, l’affluence, la création ou l’information ne seraient pas des richesses? Si on ne voit la richesse que comme possession, d’un bien, ou de l’effet d’un service, alors on en revient au capitalisme du 19-20e siècle.

    Au contraire, je dirais qu’Internet a redéfini l’idée de richesse, comme

    Par Louis le : 20.11.2008

    bien commun, et non plus comme bien propre qu’on pourrait affecter, pondérer d’une valeur financière. Internet serait un service public international en quelque sorte…

    Internet a-t-il dépassé l’Economie? Ces deux pures créations humaines sont-elles antithétiques? Internet est-il anticapitaliste par essence? Faudrait réveiller Marx et Smith, histoire d’avoir un peu leur avis!

    Par David Carzon le : 20.11.2008

    Pas besoin de Marx ou Smith, ça a déjà réveillé Louis, c’est déjà pas mal.
    Je suis d’accord, internet va redéfinir ce qu’on entend par richesse, et il faudra avant tout se mettre d’accord sur ce qu’on entend par là pour avancer. Sur la question de l’économie du numérique, j’entends par richesse, une valeur ajoutée qui répond à un besoin et qui peut être monétisable, entrer dans un échange d’ordre financier. Bien sûr, la réflexion, l’information, le lien sont des richesses au sens plus large… Et ils sont aussi essentiel.

    Par Louis le : 20.11.2008

    En fait de me réveiller, j’aurais mieux fait de commenter après la sieste, vu que je n’avais même pas compris que le thème de cet article concernait l’économie numérique.

    Maintenant que c’est plus clair, je ne vois pas trop en quoi Besson a tort. Que son bouquin ne soit guère qu’un développement de « Internet bouleverse plein de trucs blablabla. », tu le démontres bien. Et connaissant le personnage, il sera tout à fait capable de se dédire de l’intégralité de son propos dans moins de 6 mois. Le fait de taper sur Besson est réjouissant, mais je ne paierais même pas pour ça ;)

    Pour le reste, tu es simplement en train de constater une libéralisation des services internet. Bonduelle fait de la pub, à frais de diffusion réduits et à large taux de pénétration ; le nombre des intermédiaires se réduit, ce qui augmente la marge brute pour le producteur ; on essaie de vendre tout et n’importe quoi, y compris Mme Vendetta ; on fait payer des services qu’on n’aurait jamais cru pouvoir un jour valoriser. Regarde ce qu’il se passe en France depuis 50 ans, c’est pareil!

    Et là-dedans, internet n’est qu’un outil économique, au même titre que le téléphone, la recherche, ou la publicité, dont l’utilisation intelligente débouche en toute logique (libérale) sur une augmentation sensible des profits.

    Il n’existe donc pas d’économie numérique. Simplement quelques services qui sont spécifiques au numérique.

  • Par moi le : 20.11.2008 repondre au commentaire

    payer pour bbb ou pour fb?
    moi ?
    you’re kitting ?!

    Par Chryde le : 20.11.2008

    En fait, BBB serait gratuit pour lire les articles de Chryde, Lâm et Maïa, payant pour lire Nora, Dom et David. On a pas encore statué pour Vincent.

  • Par Last Equinoxx le : 23.11.2008 repondre au commentaire

    Nan mais je vois se profiler une crise socio-économique si Facebook devient payant pour avoir + de 200 amis. Imaginez : il faudra TRIER ses contacts au lieu de garder de faux liens pour gagner le concours de celui qui a le plus d’amis, des gens chassés des listes vont descendre dans les rues virtuelles de Second life pour protester, hackant au passage des comptes, volant des affaires qui n’existent pas et les brûlant dans les rues ! L’anarchie !

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