Faut pas demander à un bûcheron de faire des allumettes avec une hache

Cinq colonnes à la burne

Par David Carzon

Comme je suis nettement moins brillant que Dom. W., je râle pour masquer la misère intellectuelle, et en plus râler, ça évite de faire des vrais enquêtes. Mais bon, des fois, y’a de quoi. La preuve avec Danièle Giazzi, secrétaire nationale de l’UMP, qui a commis un rapport sur la presse en appliquant les mêmes méthodes que le journalisme sans peine. Décryptage de son interview à 20 minutes avec cinq exemples frappants au propre comme au figuré.

journaux

« Il ne faut pas que les journaux tombent dans la facilité en prenant un webmaster à qui ils demanderont de remodeler un article issu du papier pour qu’il soit visible sur un écran » : Si Danièle Giazzi s’était vraiment renseignée (elle fait 80 auditions au total et seulement 3 avec de vrais acteurs du net : Google, rue89 et mediapart), elle aurait remarqué qu’il n’y a jamais eu autant de journalistes web dédiés sur le terrain. C’était par exemple particulièrement vrai aux universités d’été du PS à La Rochelle où les journaux ont doublé leurs équipes. Sans compter les purs «players» d’infos. Au point que se pose désormais le problème du nombre d’accréditations pour chaque manifestation. Faudrait pas Danièle Giazzi ne lise que Google News ou Yahoo actualités.

« Le vrai souci, c’est qu’on ne trouve pas son journal dans un kiosque en bas de chez soi. Des kiosques isolés, souvent fermés. Les kiosquiers n’ont pas des horaires pratiques pour les lecteurs » :  Provoquer artificiellement la demande est une vision à très court terme. Les journaux gratuits (j’y bosse, j’en sais quelque chose, mais c’est pas pour faire de la pub que j’en parle) en sont l’exemple et le contre-exemple à la fois. Des personnes qui ont fait ce choix de lecture font des détours pour aller chercher leur gratuit même si ça rallonge leur chemin. Et à l’inverse, ce n’est pas parce que c’est gratuit que tout le monde se jette dessus. De même, Wired se vend bien alors qu’on peut le lire sur internet. Tout ça pour dire qu’il faut arrêter de prendre le lecteur pour un gros fainéant. Car au bout du compte, tout cela n’a pas forcément à voir avec la proximité des kiosques mais ce qu’on y trouve.

« Bouygues Télécom détient TF1, et pourtant, TF1 ne se gêne pas pour dire qu’en tant qu’opérateur téléphonique, Orange est mille fois meilleur que Bouygues Télécom » : Ce n’est pas parce que TF1 dit du bien d’Orange qu’il dit du mal de Bouygues, là est toute la nuance. Danièle Giazzi préconise de casser les mesures anti-concentration pour permettre à des Bouygues, Lagardère, ou Arnault, de posséder des télés, des radios, des sites, des journaux aux côtés de leurs activités industrielles. Des questions se posent déjà sur le traitement de certains actifs de Bernard Arnault dans Les Echos, selon Bakchich. Bref, comme dit l’autre, si un seul entrepreneur détient toute la chaîne de l’info, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres.

« Si les groupes sont rentables, ils pourront financer des projets pointus, absolument nécessaires pour le pluralisme » : Elle croit au Père Noël, la Danièle. Comment peut-on imaginer que des groupes industriels dont le seul objectif est une croissance à deux chiffres, vont risquer leur bonus dans des projets privilégiant le pluralisme et coûtant de l’argent ? Prenez Lagardère qui vient de racheter Psychologies Magazine. Alors quand le JDD (propriété aussi de Lagardère) relaie des opérations de Psychologies Magazine, il est à mon avis question de synergie d’entreprises, pas de pluralisme.

« J’ai rencontré plein de journalistes pigistes qui vivent dans une telle situation financièrement précaire qu’ils écrivent ce qu’on leur demande d’écrire. Or, mieux on paie un journaliste, meilleur il est » : Cet axiome ne tient pas la route pour cause de trop grande proximité des médias avec le pouvoir. Si le petit peut être faible, le gros l’est tout autant. « Nous avons encore une génération de patrons de presse qui s’autocensure et qui a peur de ne plus avoir d’interviews parce qu’on dit du mal de tel ou telle ministre », m’expliquaient récemment Géraldine Woessner et Valentine Lopez, deux journalistes de télé qui viennent de sortir un livre sur l’exploitation de la vie privée en politique.

Tout cela serait presque drôle si ce rapport n’allait pas servir de support aux Etats Généraux de la presse. C’est comme si on avait imaginé une loi sur l’économie numériques à partir des conclusions de la mission Olivennes, vous imaginez le bordel…

(photo CC by flickr/ c-reel.com)

  • Par Soole le : 22.09.2008 repondre au commentaire

    Monde de merde !

  • Par Abbie Hamm le : 22.09.2008 repondre au commentaire

    tout cela n’a pas forcément à voir avec la proximité des kiosques mais ce qu’on y trouve

    Oui, ben là les nmpp et leurs placements fantaisites peuvent être engueulés. Ils ont coulé la presse de bande dessinée en quelques années en l’associant au rayon fesse des maisons de presse : personne ne voulait acheter son « Métal Hurlant » ou son « (A SUIVRE) » calé entre « Vidéo Hot » et « Hot Video ».
    Le cas de la gratuité est intéressant : sur Internet, les gens comprennent la gratuité, ils comprennent mal le reste. Dans la rue, les gens aiment le gratuit mais ils le méprisent. Pour ma part j’aime profondément le programme télé de « Direct soir » et de « Matin plus » qui donne systématiquement trois étoiles au film qui passe sur la chaîne TNT « Direct 8″, qu’il s’agisse du pire Max Pécas ou d’un autre Max Pécas : « derrière le rire, une brillante satire de la société française ». « Un des plus beaux rôles du regretté Michel Galabru ». « Erratum : Michel Galabru est en pleine forme ». etc.

    Par david carzon le : 23.09.2008

    Et oui, comme on dit, Michel Galabru bouge encore…
    Sinon à elle seule, Direct 8 est une brillante satire de la société française !

  • Par Quentin le : 22.09.2008 repondre au commentaire

    J’adore ces interviews humoristique.

    Quoi ??? De la censure sur TF1 ??? Non mais vous plaisantez !
    http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=1834

    Par david carzon le : 23.09.2008

    ha ouais trop bon, j’avais pas vu. Merci

  • Par Tonfrère le : 22.09.2008 repondre au commentaire

    Je comprends que l’on fasse jouer les amitiés avant tout, que l’on divulgue des informations fausses ou en partie vrai pour tromper l’opinion, que l’on ne s’intéresse pas aux problèmes de la culture, qu’on soit un con, un beauf et un vilain parasite. Mais pourquoi donner la charge d’étudier tous les dossiers sensibles ou complexes à des gens qui visiblement ni connaissent rien, et n’apprennent rien au cours de l’enquête, au point que chaque rapport issu d’une commission du gouvernement de Nicolas Bruni soit décrié et jugé immédiatement dangereux par les acteurs du domaine en question?
    Le choix de la malhonnêteté, soit, mais pourquoi celui de l’incompétence?

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