Cherchez cette info que je ne saurais voir

Il suffira d’un signe

Par David Carzon

Si vous lisez un peu ce qui s’écrit dans la presse ou sur le net, vous devez être courant des palabres sans fin autour du prétendu divorce d’un couple célèbre. Ou pour être précis, de la date à laquelle un prétendu divorce sera prétendument rendu public. Rassurez-vous, je ne vais pas vous refaire l’histoire, d’autres journaux et blogs s’en sont bien chargés.

Ce qui est fascinant, c’est la matière utilisée par chacun pour nourrir ses papiers et en tirer des conclusions. La Femme ne se rend pas à un déjeuner important : attention, ça doit vouloir dire que le couple a du plomb dans l’aile. Le mari va seul dans un pays étranger où La Femme était attendue : ça doit vouloir dire qu’ils se sont séparés. La Femme est aperçue dans un hôtel suisse : ça doit vouloir dire qu’elle a quitté le domicile conjugal. Et ainsi de suite. Des faits, des faits, et encore des faits. La palme de l’enquête journalistique revient sans aucun doute au Journal du Dimanche qui écrit le 14 octobre, à propos de La Femme : « Son visage s’est creusé. Son regard a changé, comme tourné vers l’intérieur. « Je suis là, mais je ne suis pas là », semble-t-elle dire, avec ce quelque chose de lointain, d’absent et de triste dans l’expression. » Voilà à quoi chacun en est réduit : guetter des signes.

Cecilia embrasse S.

De mauvaises manies pratiquées aussi aux plus hauts sommets de l’Etat. Exemple 1994. Edouard Balladur est Premier ministre. François Mitterrand est président de la République. Je dis ça pour les plus geeks d’entre vous qui pensent que la seule chose notable de cette année-là a été le lancement des puces Power PC pour Macintosh. A l’époque, Mitterrand était très malade et à droite, on se demandait s’il n’allait pas calancher avant la fin de son mandat. Les services du Premier ministre, alors au top des sondages, guettaient alors le moindre signe montrant une dégradation subite de la santé du président : annulation de voyages, de déjeuners, de rendez-vous…

Au point qu’une vulgaire blague de potaches a bien failli faire déraper la machine. Le Service d’information du gouvernement employait alors des appelés du contingent pour lire tous les journaux et faire des revues de presse. Avec pour consigne notamment de surveiller les faits et gestes du président. Ces militaires-étudiants (et oui, le service militaire était encore obligatoire) n’avaient parfois pas grand-chose à faire que de se faire des blagues.

Un jour, plusieurs d’entre eux décident de faire croire à un collègue que les permissions du week-end pour les militaires sont annulées. Ils contrefont la signature de leur responsable et font circuler entre eux, le papier annulant les permissions. Sauf que ce faux tombe entre les mains d’un serviteur zélé qui y lit autre chose qu’un simple canular. Interprétée comme un signe possible de la mort à venir de Mitterrand, l’info remonte jusqu’au plus haut sommet de Matignon. Une enquête est menée pour obtenir confirmation et l’armée est alors obligée de démentir la suspension des permissions. Evidemment, l’affaire retombe très vite, et très fort sur les quelques militaires à l’origine de la blague.

Je vous aurais bien mis des liens pour appuyer cette histoire, mais à ma connaissance, c’est la première fois qu’elle est racontée.

  • Par hoplalavoila le : 15.10.2007 repondre au commentaire

    Les mémoires du soldat Carzon ?

  • Par b. le : 15.10.2007 repondre au commentaire

    Chhhht, taisez-vous, il essaie de nous dire quelque chose …

  • Par matthieu le : 15.10.2007 repondre au commentaire

    Tu faisais quoi en 1994? :)

  • Par Mat le : 15.10.2007 repondre au commentaire

    Bienbienbien, premier sur les exclusivités de 1994?

    Par david carzon le : 15.10.2007

    1994, une année creuse de la presse, il faut le savoir. Trop d’exclusivités sont passées à l’as cette année-là. :)

  • Par gabyu le : 15.10.2007 repondre au commentaire

    Vous avez déjà entendu parler de l’affaire Pélican ? C’était ce soir sur Paris Première.

  • Par pfhmag » links for 2007-10-15 le : 16.10.2007 repondre au commentaire

    […] Il suffira d’un signe | BienBienBien (tags: societe) […]

  • Par caro le : 16.10.2007 repondre au commentaire

    C’est clair que le JDD a fait super fort avec cet article. Du vrai journalisme d’investigation, basé sur des faits, absolument pas parasité par des considérations subjectives. En même temps, j’ai appris qu’on pouvait regarder vers l’intérieur, alors de quoi me plains-je…

    Plus ça va, plus je l’aime ce journal…

tout pareil

Dites, j'ai Philippe Risoli au téléphone Rire avec le télémarketing (et découvrir des dentifrices)

Oh, on dirait les gâteaux d'anniversaire hippopotamus Après 1566 articles et 2 millions de minutes, BBB fête ses 1 an

Achetez du Viagra pour lutter contre la crise mondiale Les spammeurs, ces bienfaiteurs dans l’âme

seconde pioche

Fatty

Internet, un remède bien efficace à la productivité Logos, vertiges, trous et Hitler, la journée en 10 liens

C’est beau la vie en community T’as une voiture de fonction toi ? Non, j’ai juste Facebook

Go

LiensLiensLiens